Cette nuit-là, je n'en ai pas beaucoup parlé parce que, vous savez, j'avais quand même honte, hein. Mais c'était il y a longtemps, alors, je suppose, maintenant. Pour tout dire, nous avions vraiment trop bu, enfin j'avais, je ne sais pas lui. Mais pour commencer, il faut que je vous rappelle que depuis qu'on se connaissait, je prenais toujours pour acquis qu'il ne m'aimait pas, pas vraiment, vous savez, qu'il acceptait que je le fréquente, sans plus. Bref, et puis, je me suis retrouvée à vomir sur son lit, de façon assez immonde, je dois dire. Et je disais "pourquoi tu fais semblant de pas savoir que je suis amoureuse de toi ?" j'ai dû poser la question un million de fois, et un million de fois, il a répondu, patiemment, un million de réponses différentes, "qu'est-ce que tu veux, tu veux qu'on arrête de se voir ?" "Non, non, si tu fais ça je meurs, L, meurs pas, je t'en supplie, je peux pas vivre sans toi." Des associations d'idées bizarres. De quoi dégouter n'importe qui. Et j'avais froid, j'avais tellement froid, et je le disais, et lui, il a passé la nuit à me frotter les pieds, pour me réchauffer, sans jamais s'arrêter, tout en répondant à mes discours incohérents. Quand je me suis réveillée, il avait dormi par terre, m'avait laissé le lit tout entier (bon, c'était fort difficile de faire autrement étant donné que le lit était assez répudiant, mais...). Il a fait comme si de rien n'était, quand j'ai dit que j'étais désolée, je me sentais tellement mal, il a répété et répété encore que ça arrivait à tout le monde. Bon. Alors. Après cette nuit-là, j'ai juré que je ne l'insulterais plus jamais à penser qu'il ne m'aimait pas.